La nouvelle pacification "cordiale" de l’Araucanie

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Manifestation du peuple Mapuche à l’un des anniversaires de la prétendue découverte des Amériques, pour dénoncer la répression qu’il subit de la part de l’État chilien et  les bavures de la poliManifestation du peuple Mapuche à l’un des anniversaires de la prétendue découverte des Amériques, pour dénoncer la répression qu’il subit de la part de l’État chilien et  les bavures de la police. Crédit photo : antitezo (flickr). Publié sous licence Creative Commons BY-NC-SA 2.0Un tramo de una manifestación mapuche
Manifestation du peuple Mapuche à l’un des anniversaires de la prétendue découverte des Amériques, pour dénoncer la répression qu’il subit de la part de l’État chilien et les bavures de la police. Crédit photo : antitezo (flickr). Publié sous licence Creative Commons BY-NC-SA 2.0

Le 23 Juin 2016 Michelle Bachelet, Présidente du Chili, a dévoilé son nouveau « Plan de reconnaissance et de développement de l’Araucanie », s’excusant pour « avoir échoué en tant que pays », et pour les « horreurs et erreurs » commises par l’État chilien contre les peuples indigènes. Cependant, même cette reconnaissance tardive, dans les conséquences de son second gouvernement et après avoir poussé à la criminalisation des Mapuches avec l’application de la « loi antiterroristes » dans la zone où ils vivent, nous pensons qu’il est nécessaire que nous fassions une pause afin de comprendre les intentions réelles du gouvernement.

Ce plan essaye de répondre à ce que les médias ont qualifié de « conflit Mapuche », une terminologie qui criminalise subtilement la cause des indiens. En réalité, il tourne autour de « l’occupation de Wallmapu », un territoire qui appartient historiquement aux Mapuches. Selon Martin Correa, historien et chercheur de l’Observatoire des droits indigènes : « Quand les communautés Mapuches soulèvent ce point : ces terres sont à nous, nous n’avons jamais vendu ces terres ; c’est la vérité. Ces terres ont été usurpées légalement mais non pas légitimement par l’État chilien. De plus, il y a une continuité de cette usurpation et de la répression (…). Nous parlons de quatre générations de répression, d’usurpation et de mort de celles et ceux que l’État chilien ne veut pas prendre en considération. »

Récemment, il y a eu une intensification des raids dans les communautés Mapuche, avec des enfants et adultes blessés, l’augmentation de la présence policière dans la zone et sa « militarisation ». L’ANI (Agence nationale de renseignements) et les forces armées travaillent ensemble à accroître une intervention stratégique antiterroriste sous la menace permanente d’appliquer un décret sur « l’état d’exception constitutionnel », qui va impliquer des restrictions supplémentaires des droits humains des communautés Mapuches et pour assurer à l’armée le contrôle de la zone… En d’autres mots, une fois encore la même politique qui a été appliquée depuis des décennies afin d’essayer de subordonner le conflit avec des balles et du sang.

Aucun de ces problèmes n’est abordé par l’ambitieux « plan de reconnaissance et de développement de l’Araucanie » avec lequel la présidente prétend maintenant mettre un terme au conflit. La politique antiterroriste menée par le gouvernement n’a pas été traitée dans son message. C’est pourquoi nous pouvons nous attendre que ce qui suit en parallèle avec le plan récemment annoncé, l'invalide en conséquence et le condamne à l'échec. Autrement dit, pour les caméras de télévision il y a une offre « cordiale » et en douceur, et pour les Mapuches la matraque s’ils n’acceptent pas ce plan qui leur est proposé.

Ce qui reste clair dans le plan du gouvernement, c’est qu’il va lancer un processus d’une nouvelle institutionnalisation du conflit, dans l’objectif de persécuter les Mapuches en les rendant invisibles.

Malgré le processus constitutionnel qui avait pour but l’échec de la nouvelle constitution pour le Chili, le gouvernement persévère à Wallmapu sur la voie de la mise en place d’un « processus constitutif indigène ». Il n’y a pas eu de consultation préalable des communautés Mapuches ni de réponses à leur horizon culturel de résolution des conflits. Voilà un étrange composant du plan qui va être une expérience et qui, bien sûr, ne va pas répondre aux vraies aspirations des populations.

Outre la création d’un onéreux nouvel appareil bureaucratique institutionnel (ministères, instituts, financements, études, subventions, investissements, etc.), l’intention est de conduire un « développement productif » dans la zone Mapuche. C’est la baguette magique que le gouvernement néolibéral utilise afin d’apporter une « solution » à la pauvreté. Car, malgré les discours, les Mapuches sont loin d’être traités comme des membres d’une nation, d’un groupe social avec ses propres motivations et complexités, et, au contraire vont être traités comme des « familles vulnérables », avec tous les commandements du capitaliste néolibéral qui résolvent tous les maux des pauvres quand ils leur sont appliqués. Tout cela sans considérer que les Mapuches ne sont pas et n’ont jamais été un peuple capitaliste, qui accumule les richesses, du commerce ou « entreprend » des affaires avec des petites et moyennes entreprises (PME), comme aiment à le catégoriser les technocrates du développement social.

Un point pertinent du plan qui mérite une mention est le suivant : « CORFO (la société d’avancement chilienne) va désigner un fonds forestier, qui va commencer à travailler cette fin d’année, pour la plantation, la gestion et l’exploitation de parcelles indigènes aptes à la sylviculture que les propriétaires et les communautés souhaitent allouer à cette fin. »

Ni les feux de forêt de l’été dernier, où la propension à s’enflammer des monocultures de pins et d’eucalyptus reste évidente, ni les plaintes déposées par les Mapuches en raison de la sècheresse et de la destruction que ces plantations causent dans leurs communautés n’ont fait rectifier au gouvernement son intention constante de profiter de ces types de cultures, qui provoquent tant de dommages aux Mapuches, aux communautés agricoles et à l’environnement.

Touche finale, le plan considère la mise en œuvre d’une « politique de protection et de soutien de toutes les victimes de violence dans la région », une entité étrange qui cherche à laisser tout le monde seul : surtout les Démocrates chrétiens et le droit. En conséquence, le gouvernement vise à offrir de nouvelles subventions à l’industrie du bois et aux grandes entreprises, comme une forme d’apaisement de leurs demandes après avoir calmé la « violence politique », comme l’a fait remarquer SOFOFA (association des fabricants) représentant les entreprises, les administrateurs locaux et les multinationales.

Il y a juste cent ans, l’État chilien tentait une « pacification de l’Araucanie » par la guerre et l’occupation par des colons étrangers. Aujourd’hui, c’est par des moyens de nature plus « cordiale » mais non moins fausse, en essayant l’assimilation culturelle des Mapuches dans la catégorie « familles vulnérables », un « programme d’aide » brutal, qui est utilisé pour la grande masse opprimée et exploitée des ressortissants chiliens multiculturels.

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Groupe éco anarchiste (GEA) région chilienne

Traducteur: René Burget

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Groupe éco anarchiste (GEA) région chilienne

Traducteur: René Burget