Érythrée. Des centaines de parents de conscrits arrêtés

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Amnesty International signalait en décembre que « le gouvernement érythréen avait arrêté plus de 500 proches, la plupart parents, de jeunes hommes et femmes ayant déserté l’armée ou échappé à la conscription ». Selon Amnesty International, « la vague d’arrestations a débuté le 6 décembre dans la région d’Asmara, la capitale. Aucune des personnes interpellées n'a été inculpée d'une infraction pénale ni présentée devant un tribunal dans les 48 heures, comme le prévoient la Constitution et la législation érythréennes. Les autorités ont déclaré que les détenus devaient convaincre les conscrits manquants à l'appel de se présenter ou s’acquitter d’une amende de 50 000 nafka. Dans le cas contraire, ils devront servir six mois dans l’armée à la place de leur proche ».

Ce n’est pas la première fois que les autorités érythréennes arrêtent des parents et proches de conscrits ayant déserté. En juillet 2005, Amnesty International signalait un fait similaire : l’arrestation de centaines de proches de personnes qui s’étaient évadées ou avaient déserté l’armée. Ces arrestations avaient débuté le 15 juillet 2005 dans la région de Debug, dans le sud de l’Érythrée.

Amnesty signalait que: « les personnes arrêtées étaient les pères, les mères ou autres proches d’hommes ou de femmes de plus de dix-huit ans qui ne s’étaient pas présentéEs au service national depuis 1994, n’avaient pas assisté à la dernière année d’étude obligatoire du camp d’entraînement militaire de Sawa, avaient quitté leur unité militaire, voire le pays illégalement. Leurs proches avaient été accusés d’avoir facilité leur évasion du service militaire ou leur départ du pays. Des officiels auraient offert de les relâcher contre une caution allant de 10 000 à 50 000 nafka (entre environ 660 et 3 300 dollars américains et un peu moins d'euros), s’ils s’engageaient à leur remettre leur proche manquant à l’appel. »

Les personnes arrêtées sont détenues dans différentes prisons et n’ont aucun lien avec le monde extérieur. « Plusieurs détenus de la prison d’Adi Keih auraient entamé une grève de la faim pour protester contre leur détention et ont été transférés au camp militaire de Mai Serwa, non loin de la capital Asmara », selon Amnesty.

En raison du conflit opposant l’Érythrée à la Somalie entre 1998 et 2000, des milliers de jeunes hommes et femmes ont fui l’Érythrée et cherché refuge au Soudan et dans d’autres pays. Un exil pour tenter d’échapper à la conscription ou après avoir déserté l’armée. Instauré à dix-huit mois en 1994, le service national, obligatoire pour l’ensemble des hommes et des femmes âgés de 18 à 40 ans, a été prolongé indéfiniment. Il consiste en un service militaire et en travaux effectués sur des chantiers de construction liés à l’armée.

Tous les lycéens, garçons et filles, sont obligéEs de terminer leur dernière année d’étude dans une école au sein du camp militaire de Sawa. AucunNE d’elleux n’a pu reprendre d’études et rejoindre les bancs de l’université une fois le service national terminé. L’université d’Asmara, la seule université d’Érythrée, n’accueille que des étudiantEs de troisième et quatrième années, touTEs entréEs avant que la conscription n’entre en vigueur.

Le gouvernement a totalement militarisé le pays. Le recrutement forcé de jeunes gens, d’enfants et d’adultes de moins de cinquante ans est un lot quotidien. Les recrues sont brutalisées et les abus sexuels sur les femmes sont prouvés. Personne n’a le droit de remettre en cause les autorités militaires. Personne n’a le droit à l’objection de conscience.


Sources : Érythrée. Plus de 500 parents de conscrits arrêtés AI Index AFR 64/015/2006, 21 décembre 2006, Amnesty International: Action Urgente, AFR 64/011/2005, 28 juillet 2005, Yohannes Kidane: L’objection de conscience en Érythrée, Le Fusil Brisé n° 68, novembre 2005

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