Résistance à la militarisation de la police

Ali Issa et Tara Tabassi

Translated from English to French by Nolwenn Gaudin

En notre qualité d’organisateurs de War Resisters League, et en tant que personnes engageant nos vies à contester le militarisme dans le monde, nous vivons rarement un moment où notre travail aboutit, où le pouvoir des personnes l’emporte sur celui des personnes au pouvoir. L’une de ces rares occasions s'est produite le 5 septembre 2014, et nous avons pu ressentir la force du pouvoir du peuple. Un rassemblement intercommunautaire devant l’Oakland Marriott Hotel à Oakland, en Californie – qui accueillait la compétition armée des forces de police, « Urban Shield » – a été le point culminant de plusieurs mois d’organisation locale et nationale à travers les États-Unis. Nous avions hâte d’entendre l’annonce en fin de journée : le maire d’Oakland, Jean Quan, a promis que la compétition « Urban Shield » s’arrêterait à sa huitième édition et ne serait pas accueillie à Oakland l’année suivante. Les organisateurs ont célébré cette nouvelle, mais nous avons également compris que ce n’était que le début ; non seulement de notre travail contre « Urban Shield », mais aussi de l’établissement d’une synergie entre les mouvements contre la guerre, le militarisme, les violences policières et en faveur de l’auto détermination de toutes les communautés du monde. Comme l’a dit la coalition de « Stop Urban Shield » dans notre déclaration du lendemain:

Les organisateurs ont toutefois affirmé que leur travail était loin d’être terminé. Même si Oakland n’accueille pas l’exposition ni la compétition, ils n’ont reçu aucune garantie que leur ville retirait complètement sa participation, c’est-à-dire le financement, l'envoi de ses agences et la proposition de sites pour de futures éditions d’« Urban Shields ». Pour reprendre les mots de Lara Kiswani de l’organisation Arab Resource and Organizing Center : « Nous refusons tous les ‘‘Urban Shield’’ partout ; nous refusons la militarisation partout. »

Photographie de : Ramsey ElQare de www.elqarephotography.com

« Urban Shield » a été organisé dans trois lieux : à Boston, au Massachusetts et au Texas central, en plus d’Oakland, Californie. Cette expansion est soulignée par la croissance évidente du programme national de subventions qui permet le financement d’« Urban Shield » : l’initiative de sécurité urbaine (UASI). Le programme du département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security) offre plus de 500 millions de dollars en subventions aux zones urbaines américaines « à haut risque », et a augmenté de près de 30 millions de dollars ne serait-ce que l’année dernière. L’UASI fournit de l’équipement, notamment des drones et des véhicules blindés, mais avant tout, elle permet de former les départements de police et les groupes tactiques d’intervention à des mesures antiterroristes. Cela signifie que « Urban Shield », l’exemple d’événement le plus spectaculaire qui renforce clairement le militarisme dans nos communautés, organise des programmes dans des dizaines de villes américaines (39 l’année dernière) du même acabit, mais plus discrets et généralisés.  En outre, la portée d’« Urban Shield » est ressentie dans le monde entier grâce à des fournisseurs en or tels que Safariland. Ce leader dans la fabrication d’armes exporte du gaz lacrymogène et autres technologies de répression au Brésil, au Bahreïn et au Canada, pour n’en citer que quelques-uns. En parallèle, les départements de police d’Israël, de Grèce et des Émirats arabes unis s’affrontent dans les compétitions tout en gagnant et en transmettant des stratégies militarisées. Ce n’est pas chose rare que ce genre de rassemblements prétende fièrement que le prochain sera « plus international que jamais ».

C’est exactement pour cela que nos efforts « Stop Urban Shield » ont augmenté ; afin de nous concentrer sur le soutien financier central : l’initiative de sécurité urbaine. Nous sommes d’avis que davantage de coalitions intercommunautaires ont largement assez de pouvoir pour éliminer cette force de leurs communautés, et utiliser à la place ces ressources pour un groupe d’intervention communautaire qui n’amplifie pas le pouvoir de la police et de l’armée. Ceci a porté ses fruits dans la région qui reçoit le plus de financement de l’UASI – New York City – avec 178 millions de dollars ne serait-ce qu’en 2014. L’initiative du WRL de « cesser de financer l’armée [du commissaire] Bratton » a reçu une réponse enthousiaste dans toute la ville, au moment où Bratton annonçait la création d’une nouvelle unité antiterrorisme appelée « groupe d’intervention stratégique » au début de l’année. Le New York Police Department (police de New York) n’est pas seulement une force intérieure. Cette unité travaille dans onze pays en dehors des États-Unis, notamment au Yémen, en Allemagne, en Afghanistan et en Israël afin de coordonner la répression dans le monde.

Comme le faisait récemment remarquer Skanda Kadirgamar, membre de WRL, lors d’une conférence de presse à New York sur « la sécurité au-delà du service policier » :

« Tout comme nous devons réinvestir la somme de 1,3 billion de dollars que les États-Unis dépensent chaque année pour l’armée, la ville de New York doit engager ses ressources à la création de communautés, et non les occuper. Le fait que les communautés parlent du NYPD qui “occupe” leurs quartiers n’est pas une métaphore. C’est l’expérience que vivent des centaines de milliers d’habitants de New York. L’annonce de Bratton cette année concernant le groupe d’intervention stratégique financé par le département de la Sécurité intérieure souligne ce fait. Les mitrailleuses assorties de leurs tactiques antiterroristes ne répondent pas aux besoins de New York, mais des écoles et des services de santé, si. Investissez dans la vie ! »

« Urban Shield » ne fera qu’intensifier la crise de la violence et de la répression policières que subissent les communautés. Au lieu de développer le pouvoir du NYPD lui permettant de criminaliser, contrôler et tuer, nous avons besoin de ressources qui permettent aux communautés de rester saines, entières et libres de prospérer. Nous n’arrêterons pas tant que nous n’aurons pas cela. Ne pas arrêter signifie savoir où on va. Savoir le genre de monde que nous voulons, et en faire l’expérience dans notre pratique de la résistance. Savoir que nous devons transformer la culture de la répression et de la peur autour de nous en culture de soin, de soutien et de solidarité. Ne pas arrêter signifie faire pression pour une idée que l’on pourrait appeler radicale : la non-violence révolutionnaire.

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