Le cas du Brésil : l’expérience de répression d’Israël sur le peuple palestinien devient mondiale.

A l’heure de la mondialisation, toute analyse d’idéologies de militarisation et répression, méthodologies et technologies, doit prendre en considération les dynamiques d’import et export de ces concepts et outils à travers les frontières. L’un des plus importants exportateurs d’idéologie et technologie de répression au monde est sans aucun doute Israël. Avec plus de soixante années d’expérience à opprimer le peuple palestinien et à les expulser de leurs terres, Israël est fier de commercialiser ses armes pour la guerre et ‘anti-émeute’ comme ‘testées sur le terrain’ - soit au cours d’agressions militaires répétées à large-échelle contre le territoire palestinien ou les pays arabes, soit au cours de la soumission quotidienne d’un peuple sous occupation.

Il n’est pas surprenant que les compagnies Israéliennes sont parmi les principaux acteurs des enchères sur les énormes quantités d’argent dépensé pour la ‘sécurité’ liées aux soi-disant Gigantesques Evénements, tels que la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques. Ces événements ont tourné l’un des moyens les plus efficaces pour ouvrir de larges marchés pour des mesures de contrôle et répression car les préoccupations concernant la vie privé, la liberté d’expression et autres droits fondamentaux qui sont mis de côté du fait du caractère ‘exceptionnel’ des événements. Malheureusement, une fois que ces mécanismes de répression ont été mis en place, ils restent là.

L’organisation de la Coupe du Monde 2014 et les Jeux Olympiques 2016 par le Brésil est typique de ce phénomène : cela a donné aux compagnies militaires et de sécurité israéliennes une place énorme pour pénétrer les institutions militaires, de police et publiques du Brésil, avec des impacts négatifs durables sur les peuples palestinien et brésilien. Cette coopération pour la ‘sécurité’ s’ajoute au business de plusieurs milliards de dollars entre le Brésil et l’armée israélienne qui s’est développé au cours de la dernière décennie et, clairement en contradiction avec sa rhétorique diplomatique de support des droits palestiniens, a fait devenir le Brésil le cinquième plus grand importateur d’armes israéliennes au monde.

Cela a entraîné une montée de l’opposition au sein des mouvements sociaux du Brésil et les Réseaux Nationaux de Comités Populaires de la Coupe du Monde, créés pour défendre les personnes contre des violations des droits de l’hommes liées à la Coupe du Monde, ont non seulement dénoncé l’impact négatif de la coopération militaire avec Israël sur la population du Brésil mais ont également considéré le peuple palestinien comme l’un des peuples directement affectés par les Jeux de 2014 au Brésil à cause de l’énorme flux d’argent dépensé que la ‘sécurité’ a procuré pour soutenir l’industrie militaire israélienne. Les Jeux Olympiques sont en train de reproduire le même scénario : le cas le plus représentatif est la décision du Comité Olympique de contacter la compagnie israélienne International Security & Defence Systems (ISDS) pour coordonner l’entière opération de sécurité des Jeux (avec une dépense totale de 2,2 milliards de dollars), comprenant l’entraînement des agents de police brésiliens et le ravitaillement en équipement. De plus, l’ISDS va recevoir un espace publicitaire d’une valeur de 20 millions de dollars. L’ISDS a déjà eu différents contrats pour la ‘sécurité’, y compris pour les Jeux d’Athènes (2004), de l’Afrique du Sud (2010) et Panaméricains (2007). Cependant, cette fois la société civile a lancé une campagne pour ‘Arrêter ce Contrat Honteux’1.

Le fondateur et directeur de l’ISDS, Leo Gleser, travaille depuis longtemps avec les institutions militaires et de renseignements d’Israël. Sa compagnie est construite sur cette expérience avec la répression et le massacre du peuple palestinien, qu’il a tourné contre le peuple à travers l’Amérique Latine. Selon la documentation existante depuis sa création en 1982, la compagnie a été impliquée avec des dictatures et coups d’Etat en Honduras, Guatemala, El Salvador et l’entrainement des « Contras » au Nicaragua. Au Guatemala, elle a ouvertement offert des cours de « terreur sélective » au moment du génocide. En Honduras, elle a formé le personnel militaire au cours de la dictature dans les années 80 et a fourni les armes qui ont été utilisées contre l’ambassade brésilienne où le Président Zelaya avait trouvé refuge après avoir été renversé en 2009. La compagnie est la part la plus importante du système d’intervention de l’armée israélienne comme l’explique le journaliste israélien Yossi Melman : « Le Ministère de la Défense, le Ministère des Affaires Etrangères ou le Mossad reçoit une demande pour fournir des conseils concernant la sécurité ou pour former l’armée ou les forces du service de sécurité pour le dirigeant d’un pays, en général un tyran. Parce que les autorités ne peuvent pas, ou ne veulent pas, assister le dirigeant directement, bien qu’elles voient sa demande comme importante pour promouvoir la sécurité et les intérêts politiques - elles demandent à une compagnie privée de fournir le service demandé »2

Malheureusement, ce contrat honteux n’est que le point culminant de la pénétration de l’armée militaire et le complexe de sécurité nationale au Brésil.

En novembre 2009, un mois après que le Brésil ait été sélectionné pour organiser la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques, l’ancien Président israélien Shimon Peres a conduit une délégation d’hommes d’affaires israéliens et a assuré le Brésil que « quelles que soient vos demandes, nous sommes prêts à vous aider de quelques façons possibles ».3 Trois mois plus tard, le gouvernement israélien a organisé un séminaire sur la sécurité publique exclusivement pour les 8 autorités étatiques brésiliennes choisies pour organiser la Coupe du Monde. 4 L’atelier a discuté des expériences israéliennes et des propositions de sécurité dans les événements gigantesques, les actions anti-terroristes et a introduit le concept de « ville sûre », basé sous la surveillance israélienne de tous les appels téléphoniques et les connexions internet dans Gaza. Par coïncidence, c’est au cours de cet événement que les politiciens brésiliens ont commencé à défendre publiquement le passage de loi anti-terroriste qui pouvait légalement soutenir les actions de répression durant les événements gigantesques.

Plus tard au cours de l’année, la 1ère Conférence Internationale sur la Sécurité Publique, qui a eu lieu à Tel Aviv5, a été suivie par environ 90 autorités brésiliennes, directeurs de sécurité et hommes d’affaires, y compris Hilary Medeiros, le directeur général de la sécurité du Comité Local d’Organisation de la Coupe du Monde. L’étape la plus dangereuse a eu lieu quelques jours après cet événement lorsque le Général Jorge Felix, Ministre en chef du Cabinet Institutionnel de la Sécurité de la Présidence brésilienne, a signé un accord secret de coopération militaire dont les termes impliquent « les détails sur l’habilitation de personnes, organisations et compagnies qui ont affaire à des questions confidentielles, et sur le transit bilatéral de documents secrets ». Cet accord incite encore plus le gouvernement israélien et l’industrie militaire à augmenter ses efforts pour obtenir plus de contrats avec les renseignements et la sécurité intérieure au Brésil.

Entre 2010 et 2013, le consulat israélien du Brésil a organisé différentes réunions avec les autorités fédérales et gouvernements locaux pour présenter des méthodes et technologie de répression et a proposé des partenariats dans la zone de ‘sécurité’. Les réunions ont consolidé les liens institutionnels et ont résulté en un nombre de cours formateurs pour la police civile et militaire. Beaucoup de conférences, ateliers et panels organisés par les agences gouvernementales locales et fédérales et des entrepreneurs ont présenté les experts en sécurité israéliens (dans la plupart des cas des anciens soldats reconvertis en entrepreneurs ou consultants en sécurité) comme principaux panélistes. Dans quelques états, la police militaire a reçu l’ordre d’amener la police et les experts en sécurité israéliens pour enseigner.

La connexion avec Israël n’est sûrement pas le fondement du niveau endémique des abus des droits de l’homme menés par la police brésilienne, en particulier contre les pauvres et la population noire. Cependant lorsque Amnesty International a cité la semaine dernière la ‘logique de confrontation avec l’ennemi’ comme l’une des principales causes de l’augmentation de la violence de la part de la police, il est devenu clair que l’influence israélienne a empiré la situation.

Pour le people brésilien, le renforcement des relations militaires entre le Brésil et Israël est une menace sérieuse car la haute technologie militaire d’Israël a pour but d’être utilisée principalement contre la jeunesse pauvre et noire et les mouvements sociaux et parce que les formations de la police et la coopération militaire renforcement un modèle de sécurité publique autoritaire, punitif - et raté - qui contribue à élever la violence existante de l’état à un niveau encore plus dramatique.

La campagne internationale pour le boycottage, le désinvestissement et les sanctions (BDS) contre Israël lancée en 2005 par la société civile palestinienne a reçu un soutien grandissant des mouvements sociaux et de la société civile et a réussi à faire pression sur les gouvernements, les institutions publiques et les compagnies pour arrêter leur coopération et la complicité avec l’apartheid israélien. Au Brésil, les campagnes pour un embargo militaire en Israël - qui a déjà entraîné l’annulation d’un projet gouvernemental de soutien de la compagnie militaire israélienne Elbit Systems en construisant un parc technologique complet pour l’espace aérien dans le sud du Brésil - a également renforcé la lutte pour la démilitarisation de la police et un système de sécurité publique radicalement démocratique.

 

Informationen zur Autorin

Maren Mantovani (Stop the Wall) and Henrique Sanchez (MOPAT - Movimento Palestina para Tod@s).

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