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image -- PfP 1998

1er décembre: Jour des Prisonniers et Prisonnières pour la Paix

illustration au droit: Emily Johns

Liste d'honneur des Prisonniers et Prisonnières pour la Paix 1998

Chaque mois de décembre, l'Internationale des Résistant(e)s à la Guerre invite ses sympathisant(e)s à envoyer des cartes de voeux aux prisonniers et prisonnières pour la paix. Cette liste d'honneur comprend les personnes détenues pour objection de conscience au service militaire, ou pour leur action non violente contre les préparatifs de guerre.

ALLEMAGNE

Sönke Müller
15/LwAusbRgt 1,
Hamburger Str 162
25746 Heide
Allemagne
(arrêté le 03/09/98)
Insoumis total. Après avoir manifesté devant la caserne, il se présenta devant les autorités militaires, mais refusa d'obéir aux ordres, de porter l'uniforme et de donner son identité. Condamné le 6 novembre à un quatrième emprisonnement de 21 jours. Il sera probablement libéré avant décembre. Cependant, il est possible qu'il doive se présenter devant un tribunal civil.

Jörg Eichler
email: je519121@Rcs1.urz.tu-dresden.de
(arrêté le 05/11/98)
Insoumis total. Un mandat d'arrêt lui a été délivré après qu'il ait refusé de se présenter devant les autorités militaires de Pfreimd en Bavière le 1er juillet 1998. Le 1er août, un autre insoumis, Michael Fücker, se présenta à la caserne avec les documents de Jörg. L'armée l'arrêta et ne se rendit compte de sa méprise que le jour suivant, lorsque Jörg et d'autres sympathisants organisèrent une manifestation de protestation. Jörg fut arrêté le 5 novembre à Dresde et restera détenu quelques semaines avant son procès pour désertion.


ARMENIE


Il n'y existe aucune disposition légale pour les objecteurs de conscience, pour des motifs religieux ou autres. Le service militaire dure deux ans. Nous connaissons plusieurs Témoins de Jéhovah condamnés pour "insoumission".
John Martirosian
(de 09/97 à 02/99)
objecteur, Témoin de Jéhovah
Tigran Petrossian
(de 08/97 à 02/99)
objecteur, Témoin de Jéhovah
Samuel Manukian
(de 07/97 à 05/00)
objecteur, Témoin de Jéhovah, a été battu à plusieurs reprises.
Tous trois sont détenus à:
g Kosh,
ITK,
Nachalniku,
Arménie

Yerem Nazaretian
(depuis novembre 1997; jusqu'en octobre 1999)
objecteur, Témoin de Jéhovah
Andranik Kosian
(depuis 01/98, en attente de procès)
Témoin de Jéhovah, il est arrêté pour la première fois en novembre 1993 suite à son refus de prester son service militaire, pour des motifs religieux. Il s'échappe, est repris et condamné en mars 1997 à un an de prison pour insoumission. Amnistié en avril 1997, il est intégré de force dans une unité militaire en juin 1997. Il s'enfuit à nouveau et est réarrêté en janvier 1998. On rapporte qu'il a été sévèrement battu. Il attend les résultats d'un second examen médical (à cause de problèmes cardiaques) ainsi que son jugement pour "refus du service militaire".
Tous deux détenus à:
g Yerevan
Sovetashenskoye Shosse 20,
Sizo,
Nachalniku
Arménie.
Karen Voskanian

(de 09/98 à 04/01)
objecteur, Témoin de Jéhovah
g Gyumri
Sizo,
Nachalniku,
Arménie.


CROATIE


Campanello Tihomir
Pour informations et messages de soutien, contacter :
Zap_zg@geocities.com
(risque d'arrestation imminente)
Campanello travaille en Suisse depuis plusieurs années, tout en poursuivant des études à l'Université de Zagreb. Il avait été inscrit sur le registre militaire de l'ex-Armée Populaire Yougoslave, mais n'avait jamais été convoqué, pas même après le remplacement de l'APY par la nouvelle armée croate. Les autorités viennent de lui refuser le renouvellement de son passeport et l'ont convoqué pour commencer son service militaire le 11 novembre, en dépit de sa demande du statut d'objecteur. Il ne s'est pas présenté et a décidé qu'il se mettrait en grève de la faim s'il était enrollé de force.

ETAT ESPAGNOL


Le 14 octobre, le gouvernement espagnol a accordé l'amnistie aux vingts derniers insoumis totaux emprisonnés pour avoir refusé de prester leur service militaire et civil. Toutefois, trois insoumis qui avaient pris part à la campagne "Insoumission dans les casernes" du MOC, sont encore en prison. Cinq autres membres du MOC ont aussi participé à cette campagne. Trois d'entre eux ont été condamnés à 61 jours de prison militaire pour "s'être exprimés publiquement" et sont dans l'attente d'un autre procès pour désertion. Les deux derniers passeront en procès fin novembre.
Elías Rozas Álvarez
Ramiro Paz Correa
Plácido Ferrándiz Albert
Prisión militar de Alcalá
Ctra Alcalá-Meco, Km 5
28805 Alcalá de Henares
Etat espagnol
(en prison depuis 08/97)

Alberto Estefanía
Unai Molinero
José Ignacio Royo
Contact: KEM-MOC,
Iturribide 12-1° D
48005 Bilbao, Euskadi,
Etat espagnol
(en attente d'un 2ème procès)

Alberto Isaba Lacabe
Jesús Belascoain Equisoain
Contact : KEM-MOC Iruña
Apdo 1126
31080 Iruña
Etat espagnol
(procès fin novembre)


ETATS-UNIS


Susan Crane # 87783-011
FCI Dublin Unit A, 5701 8 th St,
Dublin, CA 94568
Etats-Unis
(depuis le 14/02/97, 27 mois)
Steve Kelly SJ #00816-111
LSCI Allenwood, PO Box 1000,
White Deer, PA 17887
Etats-Unis
(depuis le 14/02/97, 25 mois)
Susan et Steve - membres du "Prince of Peace Plowshares" ont été accusés de conspiration et d'avoir causé pour 28 000 dollars de dégâts à la propriété du gouvernement après avoir endommagé à coup de marteau sur le système de lancement des missiles de croisière Tomahawk installé sur le navire USS The Sullivans basé dans le Maine, et y avoir versé du sang. En plus de leur lourde peine de prison, ils ont été condamnés à deux ans de liberté surveillée et une amende de 4 000 $.

Kathy Boylan
Sr Ardeth Platte
Sr Carol Gilbert
Kent County Detention Center, Unit A
104 Vickers Dr,
Chestertown MD 21620,
Etats-Unis
(depuis le 17/05/98)
Fr Frank Cordaro
Fr Larry Morlan
Charles County Jail,
PO Box 1430,
La Plata, MD 20646
Etats-Unis
(depuis le 17/05/98)
Tous cinq membres du "Gods of Metal Plowshares", arrêtés pour avoir désarmé un bombardier B52. Accusés de dommages à la propriété le 22 septembre 1998 et dans l'attente d'une condamnation en janvier 1999.

John Patrick Liteky
c/o SOA Watch, POB 4566,
Washington, DC 20017,
Etats-Unis
(condamné à 2 ans, sortira en juin 1999)
Condamné pour avoir à plusieurs reprises versé du sang en signe de protestation contre l'Ecole des Amériques (sur le Pentagone les 28 septembre et 20 octobre 1997 et à Fort Benning le 25 février 1998).

Richard Streb # 88113-020
FPC Beckley, POB 350,
Beaver WV 25813
Etats-Unis
(6 mois, libéré en mars 1999)
Arrêté pour effractions répétées à l'Ecole des Amériques de Fort Benning.

Kathleen Rumpf # 02117-052
Danbury Prison
Pembroke Station, Rt 37,
Danbury, CT 06811-3099,
Etats-Unis
(incarcérée pour six mois le 23/07/98).
Fr Bill Bichsel SJ #86275-020
FPC Sheridan Unit 5,
PO Box 6000
Sheridan, OR 97378-6000
Etats-Unis
(incarcéré pour un an en 10/98)
Sr Marge Eilerman OSF # 88106-020
FPC Lexington, 3301 Leestown Rd,
Lexington KY 40511,
Etats-Unis
(incarcérée pour un an en 10/98)
Ed Kinane # 86279-020
FPC Allenwood,
POB 1000
Montgomery, PA 17752,
Etats-Unis
(incarcéré pour 10 mois en 10/1998)
Mary Trotochaud # 88102-020
FPC Alderson
POB A, Alderson Women's Prison
Alderson, WV 24910
USA
(incarcérée pour 8 mois en 10/98)
Ces cinq militants furent condamnés pour déprédation d'un panneau publicitaire de l'Ecole des Amériques lors d'une manifestation le 29 septembre 1997

Daniel Sicken # 28360-013
Oliver Sachio Coe # 28361-013
Federal Detention Center, Unit A,
9595 W Quincy Ave
Littletown, CO 80123,
Etats-Unis
(depuis 08/1998, en attente de leur procès le 20 janvier 1990)
Membres du "Minuteman III Plowshares", qui est intervenu le 6 août 1998 contre un silo abritant des armes nucléaires près de Greeley dans le Colorado. Reconnus coupables de conspiration en vue de détruire des biens de défense nationale; d'intention d'endommager ou de détruire une propriété nationale de défense (sabotage); et de destruction de la propriété du gouvernement. Détenus après qu'ils aient déclaré au juge qu'ils ne pouvaient promettre de revenir pour leur condamnation en janvier 1999: leur caution fut révoquée. Une nouvelle caution de 5 000 $ leur fut imposée.


FINLANDE


Cinq insoumis totaux sont actuellement en prison. Seul l'un d'entre eux désire recevoir des cartes.
Harri Pölönen
Pohjois-Karjalan lääninvankila
PO Box 17
82201 Hammaslahti
Finland
(du 30/06/98 au 16/1/99)
Insoumis total incarcéré dans le district de Carélie du Nord, près de la frontière russe, dans une prison où se trouvent de nombreux skinhead nazis.

GRANDE-BRETAGNE

Stellan Vinthagen # BT8233
HM Prison Preston,
2 Ribbleton Lane,
Preston PR1 5AB,
Grande-Bretagne
(depuis le 13/09/98)
Ann-Britt Sternfeldt # BE8971
Annika Spalde # BE8940
HM Prison
617 Warrington Road,
Risley, near Warrington,
Cheshire WA3 6BP,
Grande-Bretagne
(depuis le 13/09/98)
Ces trois militants suédois ont été arrêtés le 13 septembre 1998 dans l'enceinte des chantiers navals de Barrow-in-Furness, dans le nord de l'Angleterre, où ils avaient commencé à endommager du matériel militaire. S'appellant "du pain, pas des bombes", ils ont agi indépendamment, mais en coopération, avec la campagne contre le missile Trident. Actuellement en détention préventive. Leur jugement est attendu pour début 1999.


INDONESIE


Budiman Sudjatmiko (13 années de prison),
Président du PRD
Ignatius Damianus Pranowo (9 ans);
Gusti Agung Anom Astika, (4 ans);
Petrus Haryanto, (8 ans);
Suroso, (7 ans);
Yakobus Eko Kurniawan, (8 ans),
Membres du PRD
João Freitas da Camara,(10 ans)
Timorais, a organisé une manifestation de protestation contre le massacre de Santa Cruz en 1991.
Tous détenus à la prison
LP Cipinang,
Djakarta,
Indonésie.

Dita Indah Sari (5 ans)
Membre du PRD et syndicaliste,
Garda Sembiring (12 ans)
Membre du PRD
Tous deux détenus à la prison
LP Tangerang,
Djakarta,
Indonésie.

Don A.L. Flassy
Agustinus Ansanai
Baas Yufuwai
Laurence Mehuwe
Sam Yaru
De Papouasie Occidental; ont essayé d'organiser un dialogue sur le statut politique de leur territoire; accusés de rébellion et de diffamation; en instance de jugement.
Theys Eluay
De Papouasie Occidental, accusé de rébellion, de diffamation et d'"association avec des organisations qui ont l'intention de commettre des délits".
Tous sont probablement détenus à:
Kapolda Irian Jaya,
Jayapura,
Irian Jaya/West Papua,
Indonésie.

Francisco Miranda Branco (15 ans de prison)
Timorais, a confectionné des calicots pour la marche sur le cimetière de Santa Cruz en 1991;
Gregorio da Cunha Saldanha (perpétuité)
Timorais, a contribué à organiser la marche sur le cimetière de Santa Cruz en 1991;
Jacinto das Neves Raimundo Alves (10 ans)
A organisé une manifestation de protestation contre le massacre de Santa Cruz en 1991;
Satunino da Costa Bela (9 ans)
A contribué à organiser la marche sur le cimetière de Santa Cruz en 1991.
Tous détenus à la prison LP Semarang,
Semarang,
Central Java,
Indonésie.


ISRAEL

Mordechai Vanunu
Ashkelon Prison,
PO Box 17
Ashkelon,
Israël
(de 1988 à 2006)
Enlevé en Italie en 1986, condamné en 1988 à 18 ans de prison pour avoir dévoilé le programme nucléaire israélien. Détenu au secret jusqqu'au début 1998.

Yehuda Igos
Pour information, contactez :
icontuvi@netvision.net.il
Objecteur. Etudiant, anarchiste et pacifiste, il a présenté une demande d'exemption du service militaire qui a été refusée, sans qu'on lui en donne les raisons. Il est actuellement en prison et devrait en sortir le 21 novembre. Toutefois il pourrait y être renvoyé rapidement.


RUSSIE

Grigory Pasko
Adresse inconnue.
(arrêté en 11/97)
Journaliste militaire arrêté pour espionnage pour avoir révêlé des informations sur le programme nucléaire de son pays.

Vadim Nazarov
c/o Antimilitarist Radical Association
Ul Trubnaja 25-2-49
103051 Moscow
Russie
(du 29/04/98 à 04/99)
Objecteur de conscience, Témoin de Jéhovah.


SLOVAQUIE


Trois objecteurs, qui ont refusé de prester leur service de remplacement, sont probablement détenus à l'heure actuelle, mais nous n'avons pu obtenir leurs noms ni leurs adresses de détention. D'après la loi de 1995 sur le service civil, la demande du statut d'objecteur de conscience ne peut être introduite que dans les deux semaines du premier appel, qui parvient aux jeunes gens lorsqu'ils atteignent leurs 17 ans. En pratique, cette limitation dans le temps réduit le droit de l'objection de conscience. De plus, le service de remplacement dure 24 mois, deux fois la durée du service militaire, et est du ressort du Ministère de la Défense.

TURKMENISTAN


Le droit à l'objection de conscience n'y est pas légalement reconnu, et il n'existe aucune disposition concernant un service de remplacement. On connaît actuellement deux Témoins de Jéhovah en prison.
Roman Sidelnikov
g Chardzhau,
ITU,
Nachalniku,
Turkmenistan
(de 06/98 À 05/00)
Condamné sous condition en 1996 à deux ans de prison pour avoir refusé l'appel, mais amnistié six mois plus tard. Condamné en juin 1998 à deux ans pour insoumission.

Oleg Voronin
g Gushgi
ITU voennogo naznacheniya
Nachalniku,
Turkmenistan
(de 09/98 À 10/03)
Condamné à 5 ans et demi de prison pour refus de service militaire, puis intégré de force dans une unité militaire. Nous pensons qu'il a été sérieusement maltraité et un avocat lui a été refusé. Personne n'a pu le rencontrer depuis qu'il est détenu à la prison militaire de Gushgi.


TURQUIE


Osman Murat Ülke
c/o ISKD
Gazi Osman Pasa Bulvari Kostak Ishani No 41 D
203/A Cankaya
IZMIR
Turquie
osi@info-ist.comlink.de
(actuellement en instance de transfer)
Insoumis total: condamné le 23 octobre 1997 à 10 mois de prison ainsi qu'à une amende pour désertion et "désobéissance continuelle". Il est passé plusieurs fois en jugement depuis lors, et a reçu plusieurs peines de prison. Il vient juste d´être relâché (16 Novembre), mais les services militaires du recrutement le retiennent dans leurs bureaux et ont décidé encore une fois de le conduire à la caserne, cette fois sous escorte. Cette décision est un coup très dur pour Osman, qui se voit pris dans une spirale infernale d'arrestations et d'emprisonnements à répétition. Contactez les autorités turques pour protester : (numéros de télécopie): Premier Ministre : +90 312 417 0476, Ministre de la Justice : +90 312 417 0476 ; Ministre de la Défense : +90 312 324 4627, Etat-Major des armées : +90 312 418 5341 ; Ministre de l'Intérieur : +90 312 318 1795 ; et l'Ambassade de Turquie dans votre pays.

YOUGOSLAVIE (REP. FEDERALE)


Pavle Bozic
8 Paviljon,
kP Dom Zabela
12 000 Pozarevac,
Serbia
FR Yougoslavie
(depuis 11/97, pour un an)
Nazaréen, il refuse d'accomplir son service militaire pour raisons religieuses. Sa demande de prester un service civil de remplacement fut acceptée le 30 octobre 1997, mais il lui fut ordonné de se présenter à la division militaire de Karadjordjevo. Il refusa de prester son service de remplacement dans une institution militaire, et fut arrêté quelques jours plus tard, puis condamné le 23 février 1998 à un an de prison pour refus d'obéir aux ordres. C'est la seconde fois que Pavle est emprisonné pour avoir refusé de prester un service militaire. En 1993, il avait été condamné à 9 mois de prison, dont il en purgea six.

Conseils pour l'envoi de cartes ou de lettres:

Idées d'actions pour le 1er Décembre

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Signes de vie à l'intérieur de la prison: réflexions de la détenue numéro BE8941

Ann-Britt Sternfeldt, une militante suédoise du mouvement Ploughshares, se trouve actuellement à la prison pour femmes de Risley, au nord de l'Angleterre, dans l'attente de son procès. Elle avait tenté de désarmer l'un des sous-marins britanniques Trident (voir Peace News d'octobre).

Ann-Britt Sternfeldt

Quelqu'un vient d'allumer la lumière dans ma cellule. Un oeil est collé contre l'oeilleton situé au-dessus de mon lit. C'est le matin. Je suis fatiguée. J'aimerais dormir encore un peu, mais il n'en est pas question. Si on se trouve encore au lit quand la porte s'ouvre, on risque des ennuis. Quand la surveillante est de mauvais poil, on a droit à "Allez, plus vite, levez-vous paresseuses, remuez votre graisse !". La première fois que j'ai entendu cette femme hurler, je me suis demandée ce qui se passait. Je me suis sentie insultée. Aujourd'hui, je ne fais même plus attention. Je ne l'entends plus. Il pleut à verse, ce qui rend ma présence ici plus supportable. La nature me manque. J'aimerais me promener en forêt, sentir l'air frais sur ma figure, respirer toutes les odeurs. J'essaie d'imaginer celle d'un tapis de feuilles mouillées, mais je n'y arrive pas.

Je regarde la photo de Mordechai Vanunu que j'ai collée au mur. Je me demande ce qu'on ressent lorsque l'on passe plus de onze ans en isolation totale. Je ne pourrai jamais vraiment le savoir.

Voici venu le moment des "activités éducatives". Nous pouvons utiliser des ordinateurs 3 à 4 heures par jour. C'est formidable de pouvoir se déplacer vers un autre endroit pendant quelque temps, c'est un peu comme aller au travail. J'utilise les ordinateurs pour rédiger mes textes, cela me donne l'impression qu'une partie de ma vie continue normalement.

J'éprouve parfois le sentiment très étrange que la réalité extérieure n'a rien de commun avec ce que nous vivons ici. C'est comme si nous étions coupées du monde et déjà oubliées. C'est pourquoi j'apprécie tout particulièrement les cartes postales et les lettres que nous recevons des personnes qui nous soutiennent. Elles m'aident à croire que j'appartiens toujours au monde des vivants. Je repense à Mordechai Vanunu. Quand l'administration pénitenciaire refusait de lui remettre son courrier pour de longues périodes, il devait avoir l'impression de ne plus exister.

Après le déjeuner, on nous enferme dans nos cellules pendant environ une heure. J'en profite pour lire mon courrier. Il y a une lettre d'une femme qui a lu un des mes articles, publié dans une revue suédoise. Il a éveillé son intérêt et elle voudrait en savoir plus sur la désobéissance civile. Ce genre de lettre me fait croire que ça vaut la peine d'être ici. Savoir que mes actions inspirent d'autres personnes est le meilleur soutien moral que je puisse recevoir.

Dans l'après midi, de retour aux "activités éducatives", une des prisonnières me confie les poèmes qu'elle a écrits. Ils parlent de ses rêves, de liberté, des gens du dehors qui lui manquent... Des larmes me viennent aux yeux, mais ce n'est pas de la tristesse: ces poèmes sont tellement beaux, il y a tant d'amour dans ces mots. Je suis heureuse de les avoir lus et d'avoir fait la connaissance de cette femme.

Dans la soirée, ma voisine tapote contre le mur: "Bonne nuit, Ann !" C'est une jeune fille de dix-neuf ans, à la recherche d'une mère. Parfois, elle s'assied sur mes genoux et je la tiens dans mes bras, comme une enfant. Chaque soir, à dix heures, nous frappons contre le mur et nous nous souhaitons bonne nuit. Il y a tant d'amour au milieu de la misère de la prison. Je suis heureuse d'avoir eu la chance de vivre une telle expérience.

Ann-Britt Sternfeldt partage sa cellule avec Annika Spalde. Avec leur compagnon, Stellan Vinthagen, elles sont accusées de "conspiration dans le but de commettre des dégats matériels". Ils risquent jusqu'à dix ans de prison. Pour plus d'information, veuillez contacter: Breads not Bombs Plowshares, Blomstigen 10, 424 37 Angered, Suède (+46 31 711 0316; email: plowshares@hotmail.com; http://plowshares.se/bnb/). Voir la Liste des Prisonniers/ères pour la Paix pour leur adresse de détention.

Chili : Le violoncelle de la liberté

Rodolfo José Manuel Fernández Ojeda.

Je m'appelle Rodolfo José Manuel Fernández Ojeda, je suis professeur de violoncelle. On m'a arrêté le 11 mars 1981, aux alentours de midi, à Valdivia, une ville du sud du Chili. J'ai été conduit immédiatement à un centre de détention de la police politique, la DINA. Nous avions tous les yeux bandés et les bras attachés à des poteaux. Je fus condamné par un tribunal militaire, puis amnestié par le président Aylwin le 13 mars 1990 après neuf ans de prison à Valdivia, Osorno et La Unión.

Je peux vous dire que, dans notre situation de prisonniers politiques considérés comme "très dangereux", les preuves d'affection et de solidarité que nous recevions de nos visiteurs nous aidaient énormément. Nous étions constamment transférés d'un endroit à l'autre afin de nous couper de tous, aussi bien à l'intérieur de la prison, que de ceux qui, à l'extérieur, prenaient le risque de venir nous voir.

Je me souviens de mon angoisse quand le jour des visites approchait. Les laisseront-ils entrer? Est-ce qu'ils essaieront de les intimider? Laisseront-ils entrer les lettres, les journaux ou les magazines? On ne pouvait jamais savoir ce qui allait se passer. La visite commençait vers 14 heures. Nous étions appelés par haut-parleur et entrions dans une cour après avoir été fouillés, tout comme nos visiteurs, bien sûr. Ensuite venaient les regards, le pas qui s'accélère, les sourires, le plaisir de se serrer dans les bras, le "Comment vas-tu?"; suivait un silence pressé -- il y avait tant de choses à se dire. Ces moments-là m'apportaient le printemps, l´espoir, me renforçaient dans mes convictions, mes principes. Savoir que nous existions aux yeux des autres, que l'on se préoccupait de notre sort nous donnait l'élan nécessaire à la réaffirmation de nos idéaux chaque jour, à chaque instant.

Notre emprisonnement aurait été encore plus difficile sans tous ceux et celles qui vinrent nous apporter un souffle de vie et nous dire : "Nous reviendrons, ne t'en fais pas, tu auras de nos nouvelles !" Parfois ils demandaient, "De quoi as-tu besoin ?". La réponse était toute simple, toujours la même : "Ne nous oubliez pas !". Et ils revenaient nous apporter des présents, du matériel pour travailler, les lettres clandestines d'amis qui n'avaient pas encore le courage de venir nous voir, mais dont le geste, en lui-même courageux, me donnait envie de pleurer de joie.

Les visites nous permettaient de garder contact avec le Chili quotidien, celui dont les nouvelles ne parlaient pas; à savoir si le printemps avait commencé. Elles me forçaient à essayer d'être bien, à ne pas trop montrer ma peine, ma rage ou ma solitude. La solidarité, pour mes visiteurs, c´était d'insister, à chaque fois, pour qu'on me donne enfin mon violoncelle. Et puis, un jour comme un autre, je ne me souviens plus lequel, on m'a dit : "Allez, tu peux l'avoir, ton violoncelle". Cinq ans déjà avaient passé, mais la force de nos rencontres et les attentions permanentes de mes amis m'ouvraient ces espaces de liberté. Combien ils travaillaient à activer la solidarité internationale ! Les milliers de lettres et de cartes que nous recevions à Noël, car c'était vraiment des milliers de lettres, de saluts amicaux, de printemps remplis d'énergie, de force, de couleurs, de levers de soleils, que je voyais à travers les barreaux de ma cellule du pénitencier d'Osorno, la numéro 2. Parce que je savais que c'était le jour des visites, des regards, du pas qui se presse, des sourires, du plaisir de se serrer dans les bras, des "Comment vas-tu?".

Aujourd´hui, pour tous ceux qui pensaient à nous, au Chili et à l'étranger, un immense "MERCI !" et un "JE NE VOUS OUBLIERAI JAMAIS !".

Les prisonniers politiques d'Indonésie

Chaque année, le numéro spécial des Prisonniers et Prisonnières pour la Paix aborde une campagne ou une région spécifique. Ici Maggie Helwig se penche sur le sort des personnes emprisonnées pour leurs activités politiques en Indonésie et au Timor oriental.

Maggie Helwig

Lorsque B.J. Habibie est devenu président de l'Indonésie en mai dernier, une de ses premières décisions fut de libérer deux prisonniers politiques bien connus. D'autres libérations ont suivi; à un certain moment, le gouvernement a même promis de libérer tous les prisonniers politiques. Mais des centaines de personnes, et parmi elles des militants non violents purgeant de longues peines, croupissent encore dans les prisons indonésiennes et le rythme des libérations s'est ralenti pour finalement s'arrêter. Il n'y a plus de promesses qu'ils seront délivrés et dès lors, sans pressions internationales il n'est en aucune manière certain que d'autres seront libérés. Le sentiment général est que les militaires ont dicté à Habibie qui pouvait être libéré ou pas, et que les libérations ont atteint les limites qu'ils pouvaient accepter.

C'est une période cruciale pour les militants indonésiens emprisonnés. Le gouvernement Habibie suit largement les injonctions de l'armée, mais Habibie est vulnérable aux pressions extérieures et très sensible à l'opinion internationale. Si les autorités prennent conscience que le monde se préoccupe du sort de ceux qui sont emprisonnés, il est toujours possible qu'elles décident de leur rendre la liberté.

Un militant indonésien a qualifié la prison de Cipinang à Djakarta - où sont détenus de nombreux prisonniers politiques - comme "le plus bel endroit du pays pour une réconciliation". Ici, des membres du vieux Parti Communiste d'Indonésie se sont liés d'amitié avec des fervents Musulmans, et des militants pour l'indépendance du Timor et de la Papouasie Occidental avec des étudiants et des syndicalistes javanais. En réalité, les militants indonésiens pour les droits humains et l'autonomie du Timor les plus actifs le sont devenus au cours de leur séjour à Cipinang en compagnie de prisonniers timorais.

Parmi ceux qui restent détenus figurent huit membres du PRD, un petit parti politique illégal du temps de Suharto. Bien que ce parti ait depuis lors été reconnu comme légal par un tribunal de Djakarta, et qu'il n'ait pas été accusé de quoi que ce soit ressemblant à un acte criminel, ces huit prisonniers - tous arrêtés en 1996 - ont peu de chance d'être libérés rapidement. Ils sont accusés d'avoir organisé des rassemblements syndicaux, d'avoir réclamé un référendum sur le statut du Timor-Est, et d'avoir lutté pour un système politique plus démocratique et moins dominé par les militaires. Budiman Sudjatmiko, le président du PRD, purge une peine de treize ans de prison pour ces "crimes". Quatre membres du PRD ont été récemment libérés [voir l'interview de Wilson] mais il semble ne pas y avoir d'intention de relâcher les huit autres.

De nombreux Timorais purgent des peines de prison en Indonésie. Parmi eux se trouvent trois survivants du massacre de Santa Cruz en 1991, emprisonnés pour avoir participé à une marche pacifique au Timor, au cours de laquelle des centaines d'autres furent massacrés par l'armée indonésienne. Un des trois est emprisonné à vie. Deux autres sont détenus pour avoir organisé à Djakarta un petit rassemblement pacifique de protestation contre le massacre.

Il y a aussi de nombreux prisonniers de Papouasie Occidental. Parmi ces derniers, cinq hommes arrêtés fin septembre pour avoir tenté d'organiser une rencontre afin de discuter du statut politique de ce territoire. Un sixième, un chef coutumier et ancien parlementaire, tenta d'obtenir leur libération en se livrant à la police à leur place, mais il fut arrêté et condamné tandis que les autres restaient en prison.

Un autre prisonnier de Cipinang doit être mentionné, même s'il ne peut - à strictement parler - être considéré comme "prisonnier pour la paix": il s'agit de Xanana Gusmao, ancien dirigeant de la résistance armée au Timor-Est et actuel président du Conseil National de la Résistance timoraise. Bien qu'il ait commis des actes de violence, son rôle fut déterminant dans l'émergence d'une résistance non violente. Dans le monde entier, des groupes parmi lesquels Amnesty International, font campagne pour sa libération, en partie parce qu'il est la figure la plus respectée de son pays (avec l'évêque Belo), et que l'on croit fermement qu'aucun processus de paix ne sera ni légitime ni couronné de succès si Gusmao n'est pas directement impliqué dans les négociations.

Certaines personnes inscrites sur notre liste n'ont formellement pas été accusées de quoi que ce soit, et nous avons des raisons de penser qu'elles sont détenues pour leurs activités politiques non violentes. C'est le cas de plusieurs Timorais, sans doute emprisonnés pour leur implication dans la résistance clandestine non-armée.

La torture est une pratique commune, en particulier pour les Timorais, les Papous et les Acehnese. Ceux qui n'ont pas encore été formellement condamnés et qui sont détenus dans des endroits retirés encourent plus spécialement le risque d'être torturés, le plus souvent par des passages à tabac ou des décharges électriques.

Certaines personnes ont même "disparu". Le gouvernement a admis que la plupart, voire tous les "disparus" avaient été enlevés par les militaires pour des raisons politiques; ils prétend cependant ne pas connaître les conditions ni les lieux de détention de ces militants. Comme il n'est pas possible d'envoyer du courrier aux "disparus", veuillez le faire parvenir au gouvernement de l'Indonésie, en demandant de leurs nouvelles (Nous ne signalons qu'un petit nombre d'entre eux ci-dessous).

Maggie Helwig est membre du Conseil de la WRI et travaille en Indonésie et au Timor-Est depuis de nombreuses années. Pour plus d'informations, veuillez contacter TAPOL, la campagne pour les droits humains en Indonésie, 111, rue Northwood, Thornton Heath, Surrey CR7 8HW, Grande Bretagne (+44 181 771 2904; fax: 653 0322; email: tapol@gn.apc.org).

Liste incomplète de militants disparus :

Felisberto Maria dos Santos: Timorais, arrêté en mai 1997, présumé détenu à cause de son appartenance à la résistance clandestine. A été torturé avant de "disparaître". Lieu de détention inconnu.
Petrus Bima Anugerah: étudiant en philosophie et membre du PRD, porté disparu depuis le 31 mars 1998. Lieu de détention inconnu.
Herman Hendrawan: militant étudiant pour le démocratie, disparu en mars 1998 après avoir assisté à une conférence de presse dans les bureaux de l'Institut d'aide légale (Legal Aid Institute). Lieu de détention inconnu.
Suyat: membre du PRD, arrêté à Java en février 1998, sans nouvelle depuis lors. Lieu de détention inconnu.

Veuillez envoyer vos lettres demandant des nouvelles des disparus à B.J. Habibie, président de la République d'Indonésie, Istana Negara, Gedung Binagraha, Jl. Veteran, Jakarta Pusat, Indonésie.

Indonésie : des matchs très politiques

Entretien avec Wilson Bin Nurtiyas

Wilson Bin Nurtiyas est membre de la Commission de Législation du People's Democratic Party - Parti démocratique du Peuple (PRD) indonésien et coordinateur du mouvement indonésien de solidarité avec les luttes du peuple Maubere (Timor oriental). En septembre 1996, il est arrêté à la suite d'une manifestation à Djakarta, puis condamné à cinq ans de prison. Il a été libéré en juillet de cette année dans le cadre d'une amnistie partielle accordée aux prisonniers politiques.

* Peace News: Vous avez refusé de quitter la prison. Pourquoi?

Oui, j'ai refusé parce que j'exigeais que tous les prisonniers politiques soient relâchés, et pas seulement certains d'entre nous. Il y a actuellement en Indonésie plus de deux mille prisonniers politiques. Je me suis donc enfermé dans ma cellule pendant trois jours jusqu'à ce que les gardes de la prison de Cipinang m'obligent un matin à sortir. Les militaires qui m'ont jeté en prison ont dû m'en expulser! Mais ils connaissent le contexte politique.

* Peace News: Avant d'aller en prison, vous avez pris part à de nombreuses manifestations. Vous deviez savoir que vous risquiez la prison?

Bien entendu, nous connaissons les risques. Dans les statuts du PRD, nous mentionnons le risque d'être emprisonné, ainsi que d'être assassiné par l'armée. C'est une des conditions pour devenir membre du PRD.

* Peace News: Vous sentiez-vous tout le temps inquiets ?

Je crois que nous devons reconnaître cette réalité dialectique: lorsque l'armée oppresse le peuple, il est nécessaire d'être antimilitariste. Lorsqu'elle vous opprime et vous emprisonne, vous n'avez plus rien à perdre, parce qu'elle vous a déjà enlevé toutes vos craintes. Evidemment, nous avons parfois peur. Mais nous pouvons comparer la situation avec celle du Timor-Est: il y a si longtemps qu'ils sont oppressés par l'armée que les habitants y ont perdu toute crainte.

De notre prison de Cipinang, nous étions à même de communiquer avec nos amis et camarades de l'extérieur et nous suivions la situation politique, grâce aux visites et aux journaux.

* Peace News: Avez-vous rencontré Xanana Gusmão (le leader emprisonné de la résistance timoraise)?

Oui, nous nous rencontrions souvent. Nous étions chacun coordinateurs des matchs de football de la prison! Nous avions donc de fréquentes réunions : chaque après-midi, sur le terrain de football. Nous avons mis sur pied l'équipe de football des prisonniers politiques. Chaque semaine nous organisions un match contre l'équipe des prisonniers de droit commun, et nous avons toujours perdu, parce que nous discutions de politique au cours du match, et non de la manière de marquer des buts. La chose importante n'était pas le match, mais la communication.

* Peace News: Quelle était votre vie de tous les jours?

A la prison de Cipinang, les prisonniers politiques organisent beaucoup d'activités. C'est nous qui avons organisé la vie de la prison, et non la direction. Par exemple, les activités sportives: le football par Xanana Gusmão et moi, le badmington par le Parti communiste, le basket-ball par moi-même, un atelier de réparations par le Parti communiste, ainsi qu'une basse-cour: canards, poulets et poissons.

C'est ainsi qu'entre sept heures, heure d'ouverture des cellules par les gardiens, jusqu'à six heures du soir, heure de fermeture, nous pouvions organiser de nombreuses activités. Il y a deux catégories de prisonniers: ceux de droit commun et les politiques. Chez les politiques, il y a quatre personnes dans chaque cellule. Du soir au matin, nous restions en cellule: chaque nuit nous avions des discussions, nous écrivions et traduisions de nombreux articles politiques.

* Peace News: Les "droits commun" se sont-ils intéressés à la politique?

Je peux vous garantir que s'il devait y avoir des élections à la prison de Cipinang, le PRD arriverait en tête! Nous nous sommes organisés; nous avons même établi une petite bibliothèque dans notre cellule. Lorsque je suis parti, 1 500 prisonniers de droit commun avaient emprunté nos livres.

* Peace News: Les rendaient-ils toujours?

En général, mais parfois, s'il y avait une photo de femme dans un magazine, ils la découpaient.

* Peace News: Receviez-vous des visites?

Deux fois par semaine, le mercredi et le dimanche.

* Peace News: Les autorités de la prison sympathisaient-elles avec vous?

Je ne peux vous dire que ceci: une demi-heure après que Suharto se soit retiré, le directeur est venu vers nous et nous a dit: "Félicitations, Suharto est parti!". Nous avons alors organisé une fête avec lui. Cela veut dire que les bureaucrates de la prison nous soutenaient aussi.

* Peace News: Receviez-vous des marques de sympathie internationales en prison?

Il y a eu un grand soutien: beaucoup de cartes postales, de pétitions, de coupures de presse. Mais le problème était qu'il y avait peu d'attention envers les membres du Parti communiste qui étaient en prison depuis plus de trente ans, ni envers les rebelles islamiques, dont certains étaient condamnés à vie. Je pense que le soutien aux prisonniers politiques doit s'adresser aussi aux prisonniers communistes et islamiques.

* Peace News: Qu'est-ce qui vous donnait du courage en prison?

La résistance du peuple. Qu'il y ait toujours une forte opposition politique nous rendait optimistes. Nous pensions que c'était juste une question de temps.

* Peace News: Que faites-vous depuis votre libération?

Je tente d'organiser le PRD. Depuis deux mois, le gouvernement a légalisé le PRD, nous devons donc changer notre tactique, passer d'un parti illégal vers un parti reconnu. Nous réformulons notre travail d'organisation de masse parmi les étudiants, les travailleurs, les prisonniers et les pauvres des villes. Il nous est plus facile de faire de la propagande, d'éditer des pamphlets et d'organiser des actions publiquement. Mais le PRD ne se fait pas d'illusion. Si l'armée durcit ses positions, nous disposons de mécanismes spéciaux.

* Peace News: Espérez-vous des changements significatifs en Indonésie?

Bien sûr, il y a plus d'ouverture, mais nous devons comprendre que les vieilles structures du régime de Suharto sont toujours au pouvoir. L'institution la plus importante reste l'armée. Pourquoi? Parce qu'elle est toujours sous le contrôle de Suharto. Lorsque ce dernier s'est retiré en mai dernier, Wiranto, le commandant des forces armées a déclaré: "l'armée protégera Suharto et sa famille". L'objectif commun du mouvement d'opposition, libérale, étudiants et le PRD, est maintenant de mettre sur pied une coalition contre l'armée. Si nous voulons mettre fin aux violations des droits humains, nous devons chasser petit à petit l'armée du pouvoir.

* Peace News: Que pense-t-on du Timor-Est en Indonésie?

Il y a maintenant beaucoup plus de liberté de la presse en Indonésie. Chaque semaine paraît un entretien avec Xanana. C'était inimaginable auparavant. C'est la figure la plus populaire des journaux. A l'heure actuelle, plus de gens peuvent comprendre le problème du Timor-Est.

J'étais au Timor-Est le mois dernier et j'ai participé à une réunion publique. Il y avait plus de deux mille jeunes et étudiants, tous discutant publiquement de l'autodétermination et de la liberté du Timor-Est, et non plus d'un référendum. De facto, ils ont déjà prouvé qu'ils étaient libres. Mais en réalité l'armée est toujours là. Un mouvement politique de masse émerge maintenant au Timor-Est. La semaine précédant mon arrivée, il y a eu une grande manifestation qui a rassemblé dix mille personnes. Nous n'avons jamais connu une telle chose dans le passé. Je crois que le plus important est de renforcer le mouvement politique au Timor-Est.

* Peace News: Pensez-vous un jour jouer au football avec Xanana dans un Timor libéré?

J'ai déjà demandé à Xanana: "Si tu deviens président, vivras-tu dans un palace à Dili?" Et celui-ci m'a répondu: "Non, je resterai en prison". "Pourquoi?" "Parce que là, je peux jouer au football tous les après-midi. Si je réside dans un palace, je ne pourrai plus, j'aurai trop de réunions!"

De l'Ecole des Amériques au Chiapas

Anne Herman

En novembre dernier, peu après m'être inscrite à une session d'entraînement du "Christian Peacemakers Team" (CPT), j'ai décidé de participer à une marche en forme de procession funéraire qu'un groupe d'action contre la tristement célèbre "School of the Americas" (Ecole des Amériques) organisait afin de commémorer l'assassinat de sept Jésuites au Salvador dans les années 80. C'était la deuxième fois que je franchissais l'enceinte de la base militaire de Fort Benning, en Géorgie (USA). Trente-deux des 600 personnes présentes avaient déjà été condamnées pour "entrée non autorisée". Je m'attendais tout au plus à devoir retarder ma coopération à l'équipe des Christian Peacemakers d'un ou deux mois. En fait, ce furent six mois de prison et 3010 dollars d'amende qui me furent infligés. J'ai donc entamé ma première mission d'observatrice du CPT à la prison fédérale de Danbury, le 30 janvier de cette année. Il me paraissait logique de poursuivre par une mission au Chiapas, puisque de nombreux responsables militaires mexicains avaient reçu une formation aux techniques de répression au sein de "l'Ecole des Amériques".

Ici, au Chiapas, notre équipe s'est récemment rendu à Polhó, une communauté d'environ 9000 personnes, dont près de 8 000 réfugiés ayant fui la violence de l'armée et des groupes paramilitaires opérant dans la région. Elle se situe à environ 10 minutes de voiture d'Acteal, où se déroula le massacre de décembre dernier. La communauté est pratiquement en état de siège, entourée de campements militaires, et le danger est réel de voir l'armée s'emparer de ses dirigeants, et d'autres personnes, pour les séquestrer sous de faux prétextes. Peu après notre arrivée à Polhó, j'ai commençé à ressentir des impressions familières et je me rendis rapidement compte qu'il s'agissait d'émotions similaires à celles que j'avais éprouvées en prison. Je ne me doutais alors pas que le temps passé "coupée du monde" me préparerait à la vie dans une communauté indigène.

Les réfugiés forment une "ceinture de paix", assis par terre devant l'entrée, afin de dissuader les soldats de pénétrer dans le camp. A la place des camionnettes de surveillance de la prison, ce sont des véhicules militaires qui circulent sur la route d'enceinte, mais le sentiment d'être constamment observée et menacée reste le même.

Il y a toujours du bruit, aussi fort qu'à Danbury. J'imagine que la surpopulation y est pour quelque chose. On entend toujours de la musique. A Danbury, elle venait des radios des détenus ; à Polhó, d'un haut parleur. Dieu merci, j'ai appris à l'ignorer.

Il n'y a aucune possibilité de se ménager un espace personnel. A Danbury, je partageais une cellule de 2m sur 2.8m avec une autre personne, avec des lits superposés. Ici, nous partageons notre chambre avec d'autres militants, venus de l'extérieur pour apporter leur aide, et avons encore moins de place. Je ne sais jamais si quelqu'un ne va pas me braquer sa lampe de poche dans les yeux en plein milieu de la nuit ou avoir une conversation nocture dans le lit adjacent.

Les toilettes de Polhó sentent mauvais, mais pas autant que celles de Danbury. Il y est tout aussi difficile de s'isoler réellement, mais au moins, à Polhó, on peut verrouiller la porte. Le nombre de douches et de toilettes est très insuffisant dans les deux cas, mais Polhó a l'avantage d'offrir suffisamment d'eau. Pour ce qui est des aspects positifs, dans les deux endroits, les gens font preuve d'un même sens de l'humour et de la même aptitude à rire face à l'oppression. Ils utilisent des trésors d'imagination pour vaincre l'adversité. J'admire profondément la vitalité des femmes de Polhó et leur solidarité. Elles offrent un exemple, dont j'aimerais que les femmes opprimées de mon pays s'inspirent.

Le Christian Peacemaker Team est une initiative en faveur de la réduction de la violence dans le monde. CPT, PO Box 6508, Chicago IL 60680, USA (+1312 455 1199; fax +1 312 666 2677; http://www.prairienet.org/cpt/).

Merci!

Nous tenons à remercier chaleureusement tous les groupes et personnes qui nous ont fait parvenir les informations contenues dans notre Liste d´Honneur. Un très grand merci aussi à Pierre Arcq, qui a traduit plusieurs textes de ce Fusil Brisé en un temps record, et aux autres traducteurs et traductrices: Roberta Bacic, Xabi Barandiaran, Inge Dreger, Carola Jüpner, Gernot Lennert, Fernando Nicasio, Dominique Saillard, Rafa Sainz de Rozas, Andreas Speck et Sebastian Theus. Enfin, une mention spéciale pour Jan Melichar, qui s'est chargée des maquettes du Fusil Brisé avec des délais plus que serrés, et pour Ken Simons, qui continue d'alimenter notre fantastique page internet, http://wri-irg.org.

Traduction: Pierre ARCQ